SA VISION DE L'AFFICHE

Découvrez l’art de concevoir une affiche par AM.Cassandre, affichiste pour l’homme de la rue. 


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D’une part, la forme purement géométrique permet plus facilement que toute autre de faire tenir clairement dans un format déterminé tous les éléments donnés, d’autre part, ainsi tracée avec des procédés d’ingénieur, une maquette peut être reproduite sans danger, sans qu’on puisse fausser son esprit essentiel, c’est à dire tout ce qu’en elle le créateur a mis de soi-même. Les impondérables avec quoi d’habitude il faut tant compter n’existent plus. Une affiche est « une » sans altération possible. Conçue au fil à plomb et à la règle, les mêmes instruments servent à reporter mathématiquement sur la pierre, et la machine se trouve alors devant des éléments qui, au lieu de la mettre en défaut, servent au contraire à montrer ses perspectives. »

AM. Cassandre, d’après Henri Mouron, L'art Vivant novembre 1926


"L’affiche n’est pas, ne doit pas être, comme le tableau, une œuvre que sa « manière » différencie à première vue, un exemplaire unique destiné à satisfaire l’amour ombrageux d’un sel amateur plus ou moins éclairé ; elle doit être un objet de série reproduit à des milliers d’exemplaires, tel un stylo ou une automobile, et destiné tout comme eux à rendre certains services d’ordre matériel, à remplir une fonction commerciale. La création d’une affiche pose un problème technique et commerciale où la sensibilité particulière n’a aucune part. Il s’agit de s’adresser à la masse dans un langage accessible au vulgaire et comparable à celui de nos imagiers du Moyen-Age, des potiers grecs, des fresquistes égyptiens ; il s’agit de raconter une histoire à la foule. C’est en ce sens que l’affiche moderne tend à remplacer les arts mineurs, les arts collectifs, les arts anonymes que virent fleurir l’Antiquité et le Moyen-Age.Beaucoup de gens très bien intentionnées me demandent des affiches « dans le genre du BUCHERON », comme s’il m’était loisible de tirer indéfiniment des galvanos d’un cliché une fois consacré pas la ferveur publique! De telles redites sont irréalisables et acculeraient l’artiste à une sorte de suicide. Chaque affiche est une expérience nouvelle à tenter, ou plutôt une nouvelle bataille à livrer, à gagner. Le succès n’attend pas celui qui cajole doucereusement les badauds. Le succès est à celui qui conquiert le public « à la hussarde » ou plutôt, passez moi ce terme soldatesque, qui le viole."

AM. Cassandre, d’après Henri Mouron.

 

« J’ai toute ma vie été sollicité par deux dispositions innées : un besoin de perfection formelle qui m’imposait une œuvre d’artisan conscient de ses devoirs comme de ses limites, et une soif ardente de lyrisme désireux de se libérer – Impulsions contradictoires et difficilement conciliables de nos jours. Car l’œuvre lyrique d’un homme d’aujourd’hui, conscient de son destin tragique, contient nécessairement sa blessure, son angoisse, son désespoir. Alors qu’un ouvrage d’artisan, signifiant par essence la joie de son accomplissement, ne saurait contenir qu’une certitude de vie et de pérennité, une affirmation d’optimisme sans la moindre ambiguïté . Mais comment parvenir à cette sérénité souriante quand on a le cœur bouleversé ? Une instinctive pudeur, peut-être aussi le sentiment d’un narcissisme trop complaisant, presque coupable, m’ont toujours interdit un lyrisme fondé sur mon désespoir – Et c’était le seul qui aujourd’hui me semblait honnêtement possible . »

AM. Cassandre, 1960 AMC Mémento


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